Légitime dépense


Pourboires

Émission du 7 septembre 2009

Journaliste(s) à la recherche : Nathalie Lemieux

Difficile d’éviter de donner un petit pourboire au pompiste, au garçon de café, au jeune homme du service à l’auto… et même au camelot! Vous sentez-vous obligé de donner quelques pièces de monnaie à titre de récompense? Si oui, à qui en donnez vous et combien? Déculpabilisez-vous, car officiellement très peu de travailleurs salariés sont considérés à pourboire par l’État. Légitime dépense se penche sur cette coutume et interroge des travailleurs qui s'attendent à recevoir un pourboire, même si leur salaire n'en dépend pas.

Thème(s) : Divers

Pourboires

Pourboires: à qui donner?

Donner ou ne pas donner?

À qui devrait-on laisser du pourboire… et combien laisser exactement? Les règles du jeu ne sont pas toujours claires!

- «En général, j’ai du tip… mais mon but, c’est que les client paient leur course!» nous dit un chauffeur de taxi.
- «Nous, on ne sait jamais quoi donner…» dit une touriste française.
- «On en donne au serveur et au barman …ou au pauvre pompiste qui se les gèle l’hiver pour gazer notre char !» affirme une jeune consommatrice.
- «Si on travaille dans un bureau et qu’on rend service à des clients… On ne nous donne pas de pourboire!» nous confie un fonctionnaire.

«Au Québec, la loi fait en sorte que seuls les travailleurs du domaine de l’hôtellerie et de la restauration devraient recevoir du pourboire» dit Laurent Bourdeau, professeur à l’Université Laval et spécialiste en management et marketing comportemental.

Qui sont les travailleurs à pourboire aux yeux de la loi

Les travailleurs en restauration et en hôtellerie s’attendent à recevoir un pourboire et ils en ont besoin parce que leur salaire minimum de base est moindre et que leur déclaration de revenus est automatiquement ajustée à la hausse pour tenir compte des pourboires reçus.

C’est depuis le 1er janvier 1998, que la Loi sur les pourboires pour les travailleurs en restauration et en hôtellerie encadre quelques professions. Ces travailleurs à pourboire doivent travailler dans les lieux suivants :
-un établissement qui offre de l’hébergement à des touristes (même les campings);
-un endroit où on vend des boissons alcoolisées à consommer sur place;
-un restaurant (sauf les services de restauration rapide);
-une entreprise qui vend ou livre des repas à l’extérieur…

De ce fait, le salaire minimum de ces travailleurs s’élève à 8$/heure alors que la norme est de 9$/heure.

Combien donner?

«Notre paye hebdomadaire est moindre, ce n’est pas ce qui peut nous faire vivre» nous dit une serveuse. C’est vraiment le pourboire qui complète notre salaire.»

En restauration, la norme sociale du pourboire est de 15% du montant de l’addition avant taxes. Les travailleurs à pourboire doivent obligatoirement augmenter leurs revenus de 8% sur leur déclaration d’impôt. Évidemment, s’ils ne reçoivent pas assez de pourboires, ils sont perdants…

Et pour les autres…

Toutes les autres professions, comme les coiffeurs, les chauffeurs de taxi, les massothérapeutes et tant d’autres, ne sont pas soumises à cette loi sur les pourboires. Ces travailleurs ont au moins le salaire minimum de 9$/heure et le pourboire n’est pas considéré dans leur revenu de base par l’impôt, quoi qu’ils doivent obligatoirement les déclarer dans leurs revenus annuels lorsqu’ils en reçoivent.

Quand on paie 100$ chez le coiffeur, faudrait-il se sentir obligé de laisser EN PLUS 15$ de pourboire aux 2-3 personnes qui se sont occupé de nous???

«On donne un service, mais on ne se dit pas à la caisse : hein, y a pas de tip? Ca arrive souvent que les gens ne laissent pas de pourboire» avoue un coiffeur interpellé par Légitime dépense. Il n’y a donc pas de barème pour les pourboires en coiffure.

Mais dans certains secteurs, les employés s’attendent tout de même à recevoir des pourboires. C’est une façon pour eux d’augmenter leur revenu ou ils s’attendent à recevoir du pourboire parce qu’ils veulent développer une relation particulière avec les clients.

«On force personne. Y ‘en donne pas, merci bonjour! On n’est pas moins amis pour autant» dit un chauffeur de taxi.

Pourquoi donner alors?

Offrir un pourboire au mérite, ça fait partie de nos mœurs. Mais on se demande pourquoi un
fonctionnaire qui offre un service à la clientèle ne recevrait pas de pourboire alors qu’on en
donne un à son coiffeur…Pourquoi la caissière de l’épicerie n’en aurait pas alors que
l’emballeur qui vient livrer votre sac à la voiture en reçoit un à l’occasion. Où est la norme?

En matière de pourboire, il y a un flou d’un secteur à l’autre. La variable relationnelle est
fondamentale mais, règle générale, les gens donnent un pourboire parce qu’ils veulent se
conformer à certaines normes sociales. Ils ne veulent pas se sentir cheap ou pire… avoir l’air
cheap!

Somme toute, le pourboire chiffre le degré d’implication et la relation humaine dans un
service. Et à partir du moment où des consommateurs offrent un pourboire… les travailleurs ont des attentes...

Acheter son image sociale ?

« Est-ce qu’on accorde le montant du pourboire selon la qualité du service qu’on a reçu ? Pas toujours…» dit Laurent Bourdeau. «En donnant du pourboire, ça permet au client, au consommateur d’acheter son image sociale… on a l’image de quelqu’un de positif qui est capable de se payer ce service-là. Peu importe que vous ayez eu un bon ou un mauvais service, les clients sont portés à vouloir se conformer à une norme sociale.»

Donc, que ce soit pour faire bonne figure ou pour montrer sa satisfaction, on finit par donner aux massothérapeutes, aux camelots, aux pompistes, aux coiffeurs 5, 10, 15 et même 20% de la facture… Mais sentez vous à l’aise, aucune règle n’existe à cet égard!

Références et sites web

Revenu Québec
http://www2.gouv.qc.ca/entreprises/portail/quebec/gerer?lang=fr

Commission des normes du travail
http://www.cnt.gouv.qc.ca/salaire-paie-et-travail/salaire/salarie-au-pourboire/index.html