Légitime dépense


Acheter en grande quantité

Émission du 30 novembre 2009

Journaliste(s) à la recherche : Nathalie Lemieux

Acheter en grande quantité peut permettre de faire jusqu’à 50 % d’économies sur l’achat de certains produits, mais pas tous! Format géant, familial ou jumbo, les Costco, Super C, Maxi & cie en font leur marque de commerce. Acheter en abondance, ça peut être payant. Mais ce n’est pas toujours profitable. Légitime dépense a enquêté dans plusieurs commerces, comparé les prix d’une trentaine de produits non périssables et interrogé des experts. Découvrez les bons et les mauvais côtés de l’achat en grande quantité.

Thème(s) : Épicerie, denrées alimentaires et produits ménagers

Acheter en grande quantité

Acheter en gros format pour économiser peut être un mode de consommation intéressant, surtout quand on a une famille. Annick Méthot a deux enfants en bas âge. Pour elle, l’achat de grands formats s’avère très pratique. Et elle n’est pas seule dans son cas.

Phénomène en croissance

En effet, avec une économie en dent de scie, les adeptes de l’achat en grande quantité sont de plus en plus nombreux. Pour le spécialiste en commerce de détail Jean-François Grenier, il n’y a rien d’étonnant dans ce phénomène. «Le revenu moyen des ménages ne croît pas, alors acheter en grandes quantité est une façon de sauver de l’argent pour pouvoir consommer d’autres types de biens qu’on veut se procurer».

M. Grenier a fait des études de marché et de localisation pour plusieurs entreprises commerciales du Québec. Il connaît bien les grandes tendances de consommation et a nommément fait les études de marché pour l’implantation du Méga centre Dix 30 à Brossard.

Directeur senior de la firme de recherche en marketing Altus Géocom, Jean-François Grenier explique le phénomène de la multiplication des super marché à escompte, ces dernières années, par le fait que les dirigeants des grandes chaînes se sont aperçu qu’il y avait un bassin croissant de clients qui étaient prêts à sacrifier le service et le choix pour avoir de meilleurs prix. «C’est ainsi qu’on est passé d’un super marché traditionnel, comme Metro, Provigo ou IGA, à un super marché a escompte de type super C ou Maxi et Cie », précise notre expert.

Le club entrepôt Club Price, devenu Costco, a été le premier chez nous à se spécialiser dans l’offre de grands formats. Pietro Nenci est vice-président de l’Alimentation pour l’Est du Canada chez Costco. Selon la clientèle qui fréquente les Costco, il dresse le portrait des gens pour qui l’achat en grande quantité peut être profitable : « Notre clientèle est surtout formée de jeunes familles avec un ou deux enfants qui viennent la fin de semaine profiter de nos grands formats. Souvent, ils se regroupent aussi avec des amis, donc deux ou trois familles ensemble qui se partagent nos produits en grandes quantité ».

Jusqu’à 60 % d’économie

Question de mesurer le pourcentage exact de l’économie permise par l’achat de grands formats, Légitime dépense a visité les Costco, Maxi, Super C, Métro, IGA, Loblaw’s. Sur une trentaine de produits courants non périssables, nous avons comparé le prix unitaire moyen des formats réguliers (prix au kg, au litre, à l’unité, etc.) à celui des mêmes items vendus en gros formats dans les supermarchés à escomptes et au club entrepôt.

Selon nos calculs savamment étudiés et validés par notre expert Jean-François Grenier, la conclusion est sans équivoque : acheter en gros format permet des économies de 30 % en moyenne avec des pointes de 60 % dans certain cas. De quoi compenser largement, selon son volume d’achat, pour des frais d’adhésion d’une soixantaine de dollars par année chez Costco, par exemple.

À titre d’exemple, nous avons constaté une économie de 30 % sur les barres Val Nature achetées en grande quantité par rapport au même item acheté en petit format. Aussi, acheter la Mayonnaise Hellmann’s et le beurre d’arachide Kraft en grands formats nous permettait de sauver 29 % et l’économie était de 16 % pour les couches Huggies achetées en grandes quantités par rapport au petit format. Sur le nettoyant Windex, nous avons noté un escompte de 55 %.

En plus de limiter les déplacements pour acheter ce dont on a besoin en quantité, l’avantage d’acheter des gros formats réside donc principalement dans le fait que les grands formats sont généralement moins chers que plusieurs petits formats proportionnellement à la quantité calculée au litre, au gramme ou à l’unité.

Des exceptions à la règle : surveillez l’étiquette de prix proportionnelle

Si l’achat en grandes quantités permet souvent de faire des économies d’échelle, ce n’est pas toujours le cas. «Il y a des items où il n’y en pas d’économie à faire ou a peu près pas, mentionne notre expert. Entre autres, dans les produits périssables. Acheter 12 côtelettes de porc ou en acheter trois, le prix sera le même au kilo. Généralement, il n’y a pas de différence», mentionne M. Grenier.

Dans la liste d’épicerie de Légitime dépense, le sucre Lantic colle tout à fait à ce profil. D’en acheter beaucoup ou peu n’aurait pas permis de sauver.

Il faut donc être vigilant ! Un truc infaillible est d’être attentif au prix unitaire toujours indiqué sur l’étiquette disposée sur la tablette sous l’item. Acheter de gros formats n’est pas toujours avantageux, d’autant plus que cette façon de consommer a son lot de désavantages et ne convient pas à tout le monde.

Risque de sur consommation

Pour notre consommatrice Anick Méthot, le risque est dans la surconsommation.
« Quand on vient dans un entrepôt comme chez Costco…. y’a des choses qu’on va acheter et dont on n’a pas vraiment besoin. C’est alléchant! On peut faire des achats comme des oreillers par exemple, dont on n’aurait pas nécessairement besoin, mais qu’on met dans le panier parce que ce n’est pas cher… ».

«Si t’es boulimique ou compulsif, tu peux être porté à te dire que le sac de chips de 500 g, je vais le manger au complet! J’aurais mangé le 320 g que j’aurais acheté au supermarché et j’aurais seulement moins consommé… Si on consomme au même rythme un produit en grande quantité parce qu’il y en a beaucoup, il n’y a pas nécessairement une très grande économie à faire. On consomme plus, c’est tout», ajoute Jean-François Grenier à ce chapitre.

Clémence Gagnon, de l’Association coopérative d'économie familiale de la région de Québec, a mis sur pied la campagne de sensibilisation sur l’endettement et la surconsommation : «Dans la marge jusqu’au cou». Elle a un point de vue critique sur la consommation en grande quantité qui, selon elle, présente effectivement des risques de surconsommation

«Des produit de luxe comme le chocolat, on va peut être en acheter même si on en a pas vraiment les moyens et on va surconsommer parce que c’est bien tentant», dit Mme Gagnon. « Si on choisi cette façon d’acheter, il ne faudra donc pas se laisser distraire par les articles qui ne font pas partie de notre liste d’épicerie, autrement le budget pourrait en prendre pour son rhume », dit la dame de l’ACEF de Québec. «Quand on achète un aliment en grande quantité, poursuit-elle, il faut se demander aussi si c’est quelque chose que l’on consomme en grande quantité. Surtout pour les aliments périssables, il faut s’assurer qu’on n’aura pas de perte », met en garde Mme Gagnon.

« C’est ben beau de dire qu’on va faire une économie en achetant plus, mais si on passe la date de péremption et qu’on le perd parce qu’on n’en consomme pas tant que ça, ben l’économie n’est plu là », ajoute Jean-François Grenier.

Pas avantageux pour les petits budgets

Par ailleurs, notre experte en économie familiale voit un autre désavantage notoire à l’achat en grandes quantité. Si l’achat en grande quantité nous permet de faire des économies d’échelle en moyenne de 30 %, le panier de grands formats coûte aussi deux fois plus cher que le panier de petits formats. «Ça peut débalancer un budget ça, opine Mme Gagnon. Avant de faire de tels achats, il faut se demander si on va être capable, après, de payer le téléphone et le câble à la fin du mois, poursuit-elle ».

«Quand on achète des produits en grande quantité, c’est toujours des grosses sommes, reconnaît notre consommatrice Annick Méthot. Ce n’est jamais en bas de 200-250 $ quand je viens chez Costco. Il faut avoir les sous mais on le budgète,
affirme-t-elle.»

«Les achats en grande quantité conviennent moins aux gens qui ont des revenus plus faibles parce que ça grève leur revenu de façon importante», reconnaît aussi notre expert en commerce de détail, qui voit en outre un autre désavantage à l’achat de gros formats.

Faites place!
« Évidemment, il faut aussi stocker tout ça. Ça prend de la place! Si on a un studio, ce n’est généralement pas le meilleur endroit pour mettre 32 rouleaux d’essuies tout et 58 rouleaux de papier de toilette», souligne M. Mercier.

Alternative à l’achat en grandes quantités

Si votre budget ou si votre espace est limité, le spécialiste en commerce de détail signale qu’il y a d’autres façons de faire des économies. «En étant attentif aux spéciaux des circulaires, il y a moyen de faire des économies substantielles et même de payer moins cher que ce qu’on paierait pour des grands formats dans un club entrepôt ou un super marché à escompte », affirme l’expert. « D’autre part, poursuit-il, une autre façon d’économiser, c’est d’acheter les produits de marque maison qui sont généralement moins chers que les produits de marques nationales. Il y a moyen donc de combiner ces différents éléments pour économiser sans s’endetter ou s’embourber de grands formats»

Tout de même! Si vous n’êtes pas du type boulimique ou impulsif dans vos achats, si vous avez de la place pour stocker et un budget pas trop serré, si en plus votre frigo et votre machine à laver roulent à plein régime, alors, achetez des gros formats pourrait s’avérer une excellente solution pour économiser.