Légitime dépense


Vous rénovez?

Émission du 26 octobre 2009

Journaliste(s) à la recherche : Matthieu Mortézaï

Il ne reste que quelques mois pour profiter des crédits d’impôt pour la rénovation domiciliaire, disponibles seulement pour l’année d’imposition 2009, tant au fédéral qu’au provincial. Pour bien choisir les entrepreneurs et ouvriers qui vous permettront de profiter pleinement de ces incitatifs fiscaux, Légitime dépense vous donne les étapes clefs à suivre pour éviter que votre projet de rénovation ne se retrouve entre de mauvaises mains.

Thème(s) : Habitation: construction, rénovation et entretien

Vous rénovez?

Dans le merveilleux monde de la rénovation domiciliaire, les meilleurs entrepreneurs côtoient les pires escrocs. Pour ne pas faire les frais des seconds, on peut s’informer et suivre quelques mises en garde simples.

Architecte de formation, Yves Perrier est aujourd’hui expert-conseil en bâtiment. C’est également l’auteur du Guide Perrier, un site internet destiné au grand public contenant une foule d’informations en lien avec la rénovation et la construction domiciliaire.

Fort de son expérience, il nous prodigue quelques conseils éclairés pour bien choisir son entrepreneur et avoir une relation harmonieuse avec lui jusqu’à l’aboutissement des travaux.

Un consommateur averti en vaut au moins 2

Selon notre expert, la première chose à vérifier au sujet d’un entrepreneur c’est la validité de sa licence de la Régie du Bâtiment (RBQ). Pour ce faire, il suffit de consulter le registre des entrepreneurs du site de la RBQ (http://www.rbq.gouv.qc.ca/RegistreLicence/registre.asp).

En plus de s’assurer que la licence de l’entrepreneur est valide, on pourra aussi sur place voir depuis combien de temps l’entrepreneur en est titulaire. De même, on pourra également vérifier dans quelles catégories et sous-catégories l’entrepreneur a obtenu sa licence et voir si celles-ci correspondent avec les travaux qu’on veut lui confier. « Pour faire une analogie avec l’automobile, la licence RBQ c’est un peu comme le permis de conduire, et les catégories et sous-catégories de licence correspondent aux catégories de véhicule qu’on est autorisé à conduire » explique de façon imagée Yves Perrier.

Si on veut pousser plus loin nos vérifications, on peut aussi consulter le site de l’Office de la Protection du Consommateur (http://www.opc.gouv.qc.ca/). Sur place, on pourra, en quelques clics, voir si notre entrepreneur a été l’objet de plaintes ou de litiges.

Première étape concrète : les soumissions

Une des premières étapes concrètes vers la réalisation d’un projet de rénovation, c’est la demande de soumissions. Mais avant de se lancer tête baissée à leur poursuite, il est important, selon notre expert, de savoir ce que l’on veut et être bien informé à cet égard.

« On devrait bien s’informer sur les matériaux et les techniques de manière à pouvoir décrire tout ça à l’entrepreneur pour qu’au final il puisse nous offrir une soumission claire » explique notre expert-conseil.

En général, on suggère de demander au moins trois soumissions. Notre expert abonde dans ce sens, cependant il insiste sur l’importance de bien cibler à qui on les demande. « Il est préférable de faire venir trois entrepreneurs qu’on a bien sélectionnés que 6 ou 7 choisis au hasard. Aussi, il faut prendre le temps de parler avec eux et de les questionner sur leur expérience, les matériaux utilisés, les techniques et les garanties. ».

Comparer les pommes avec les pommes

Après la réception des soumissions vient l’heure des comparaisons. Comme dans toute chose, l’option la moins coûteuse n’est pas toujours la plus payante. On pourrait par exemple se retrouver avec des matériaux de moins bonne qualité. La clef ici est de s’assurer qu’on compare les mêmes choses; et plus les soumissions seront détaillées, plus on sera à même de bien les comparer.

Contrats modèles : à titre comparatif seulement

Avant d’apposer sa signature sur un contrat, on pourra s’inspirer des nombreux modèles disponibles sur Internet. Selon notre expert, ce genre de contrat type est intéressant à titre indicatif et comparatif. On pourra par exemple s’en servir pour comparer les clauses du contrat de l’entrepreneur avec celles du modèle. Par contre, selon notre expert, il ne faut pas s’attendre à ce que l’entrepreneur accepte de signer l’un de ces contrats modèles. « Les entrepreneurs ne seront pas à l’aise de signer un document qu’ils n’ont pas eux même rédigé. Aussi, dans ce genre de modèle, il y a beaucoup de clauses qui sont très
pro-consommateurs » explique Yves Perrier.

Parmi les clauses qui rebutent les entrepreneurs, on peut penser aux clauses de retard. « Très peu d’entrepreneurs vont accepter de donner 100$ par jour de retard des travaux. Faut comprendre qu’ils ne contrôlent pas les conditions climatiques qui peuvent retarder leurs autres chantiers », précise Yves Perrier. Dans les faits, notre expert souligne que ce genre de clauses sont utilisées dans de très gros chantiers, mais très rarement dans la rénovation résidentielle.

L’heure des acomptes

Certains recommandent aux consommateurs de ne pas laisser d’acompte avant la fin des travaux, ou du moins le minimum possible. « Dans les faits, ce n’est pas toujours possible nous explique notre expert. Quand l’entrepreneur doit commander des produits sur mesure, il va souvent exiger jusqu’à 50% d’acompte et c’est normal. On pense par exemple aux armoires de cuisine, aux portes et fenêtres. Faut comprendre que l’entrepreneur ne pourra pas les retourner au fabricant », explique-t-il. Dans bien des cas, M. Perrier dit qu’il faudra s’attendre à verser un acompte qui pourra varier de 15 à 50% du coût total.

Mais avant de payer un acompte, protégez vos arrières et assurez-vous que votre entrepreneur est fiable, que votre soumission et votre contrat sont écrits clairement et que les garanties offertes sont adéquates.

Séduire son entrepreneur

En conclusion, bien s’informer en ligne ou ailleurs et être au courant de ses droits et recours en cas de pépin, c’est une très bonne chose selon notre expert-conseil. « Mais pour avoir une relation d’affaire harmonieuse avec un entrepreneur, il faut aussi user de gros bons sens et faire la part des choses. À trop vouloir être pointilleux, cassant, on risque de faire en sorte que l’entrepreneur coupe encore plus les coins ronds et tente de finir les travaux plus rapidement », mentionne M. Perrier.

« Ça demande donc une certaine souplesse des deux côtés, parce que dans la rénovation résidentielle tout ne peut pas être écrit et parfaitement documenté. Faut pouvoir séduire notre entrepreneur et avoir un certain plaisir dans les rénovations, sinon ça peut devenir un véritable enfer. » conclu le spécialiste.

Ressources Internet :

- Guide Perrier
http://www.guideperrier.com
Le site Internet de notre expert. Multitude d’articles en lien avec la rénovation et la construction résidentielle.

- Association des consommateurs pour la qualité dans la construction (ACQC)
http://www.consommateur.qc.ca
Section de leur site avec des trucs pour choisir un entrepreneur
http://www.consommateur.qc.ca/acqc/entrepreneurs.html

- Société Canadienne d’hypothèque et de logement
http://www.cmhc-schl.gc.ca
Guide choisir un entrepreneur :
http://www.schl.ca/fr/co/relo/fedore/fedore_009.cfm

- Educaloi
http://www.educaloi.qc.ca/loi/proprietaires/29/
Section « Engager un entrepreneur pour des rénovations »

- Régie du Bâtiment du Québec
http://www.rbq.gouv.qc.ca/