Légitime dépense


Tatouages et perçage des ados

Émission du 21 septembre 2009

Journaliste(s) à la recherche : Nathalie Lemieux

Votre adolescente parade crânement avec son premier perçage. Votre fils de 13 ans claironne qu’il se fera tatouer malgré votre interdiction. Les tatoueurs et perceurs ont bien peu d’obligations envers les mineurs et leurs parents: à partir de 14 ans, rien n’empêche de tatouer qui souhaite l’être. Il y a donc peu de recours possibles en cas de problème. Quand votre ado arrive à vous convaincre, il importe donc de savoir choisir le bon « artiste corporel » Légitime dépense rencontre un tatoueur qui a décidé de se doter d'un code d'éthique et vous dit tout ce qu’il faut savoir pour avoir un comportement sécuritaire en matière de perçage et de tatouage.

Thème(s) : Consommation jeunesse , Santé

Tatouages et perçage des ados

Au cours des dix dernières années, le tatouage et le perçage ont énormément gagné en popularité, en particulier auprès des adolescents. Mais un mineur peut-il se faire tatouer ou percer sans l’autorisation de ses parents?

Vide juridique

Et bien oui! Au pays, aucune loi ne régit directement le perçage ou le tatouage. Que ce soit pour les adultes ou pour les enfants, ça ne change rien à l’affaire. En l’absence de juridiction spécifique, certains professionnels du tatouage et du perçage semblent vouloir se donner bonne conscience en évoquant la loi sur le consentement aux soins de santé, qui stipule qu’un jeune de plus de 14 ans peut consentir seul à des soins de santé. Mais, ce qu’il faut savoir, c’est que cette loi exclue les soins esthétiques ou dits « non médicalement requis ». Donc, rien ne permet ou n’interdit aux artistes corporels de tatouer un mineur, qu’il ait 14 ans ou pas.

À chacun son éthique

Heureusement, certains artistes tatoueurs-perceurs se sont eux même dotés d’un code d’éthique. C’est le cas de Steve Vaillancourt de Tatouage Celtic à Québec qui a écrit un guide sur le sujet et qui n’hésite pas à aller faire de la prévention dans les écoles en donnant des conférences sur les règles de l’art du tatouage et du perçage.

« Ici, c’est 18 ans pour avoir un tatouage ou perçage. À partir de 16 ans, on peut avoir une signature sans exiger que le parent soit dans la pièce. Et en bas de ça, moi j’exige que le père ou là mère soit présent avec la personne qui se fait tatouer ou percer », explique Steve.

Le client n’est pas toujours roi

Mais, même avec une autorisation parentale en main, ça ne veut pas dire pour autant qu’un tatoueur comme Steve répondra automatiquement à la demande de son client: « Une des premières phases de notre travail, c’est conscientiser les gens par rapport à ce qu’ils veulent et de voir si on peut, ou pas, le faire ».

Dans le cas du tatouage par exemple, Steve expliquera à ses jeunes clients que certaines zones du corps ne devraient pas être recouvertes avant que la croissance ne soit terminée : « Le corps va grandir, la peau va continuer à s’étirer et le pigment liquide emprisonné dans les cellules de la peau va s’éparpiller, se répandre en dessous de la peau et ça va faire des tatouages qui vieillissent mal ». « On n’ira pas tatouer au niveau des seins ou de la bedaine chez les filles par exemple… c’est des tatouages qui vont bouger beaucoup lors des grossesses », constate l’artiste corporel.

Pour ce qui est des jeunes garçons, beaucoup se pointent chez le tatoueur et demandent à couvrir leurs bras des poignets aux épaules. « On leur laisse le temps de rentrer dans la vie…ce qui fait qu’on commence toujours par les épaules ou les omoplates avant de descendre sur les avant-bras » explique Steve.

Pour ce qui est du perçage chez les mineurs, Steve applique le même genre de logique que pour le tatouage. « On ne touche pas au génital, faut que ce soit logique, esthétique. On fera pas n’importe quoi parce que la personne le demande ».

Le perçage est d’ailleurs très populaire chez les mineurs, encore plus que le tatouage. « On fait plus de perçage chez les mineurs que de tatouage, tout simplement parce que le perçage peut être temporaire et donc enlevé. Ça peut laisser des petites traces, mais rien en comparaison du tatouage ».

Passer à l’acte

Les parents sont convaincus? La décision est prise ? Reste à choisir le bon établissement et le bon tatoueur. Mais comment choisir?

«Ce qui est important quand on va visiter une boutique de tatouage/perçage, c’est d’abord l’accueil : comment on nous reçoit, comment on nous répond, de quoi la boutique à l’air. Si ce n’est pas propre en avant, ça le sera probablement pas plus dans la salle de stérilisation et encore moins dans la salle de tatouage », prévient Steve.

Mais, ce n’est pas tout, ajoute notre expert. « L’important aussi en entrant dans une boutique, c’est de voir ce qui se fait comme travail. Il devrait y avoir des portes-folio avec des photos de ce qu’ils ont faits. Ce n’est pas des livres pour choisir des modèles, c’est vraiment des livres pour constater de la qualité du travail que l’artiste fait ».

Finalement, comme dernier conseil, Steve insiste sur l’importance de la relation entre le client et le perceur/tatoueur : « Est-ce que le courant passe ? Si on se sent pas à l’aise en partant, c’est peut-être pas la bonne journée ou la bonne place pour se faire tatouer ».

Bien magasiner: le meilleur recours en l’absence de loi

Comme il n’y a pas de lois spécifiques encadrant la pratique du perçage et du tatouage au Canada, les recours sont limités. D’où l’importance de bien magasiner son salon de tatouage avant de passer à l’action.

Selon Steve, un tatouage ou un perçage ça se magasine au même titre que n’importe quoi. « La seule différence, c’est que contrairement à la paire de jeans qu’on va remplacer quand elle sera usée, le tatouage nous collera à la peau pour la vie et le perçage assez longtemps aussi, si on l’entretien correctement ».

Dernier conseil ? « C’est important de se faire expliquer tout ce qu’il y a à savoir avant, pendant et après l’intervention. Si on n’est pas satisfait des réponses qu’on nous donne, on dit merci et on s’en va. On n’est pas obligé de consommer parce qu’on rentre dans une boutique, on peut rentrer juste pour de l’information », conclue le tatoueur.

Informations complémentaires

- Prix moyen pour un perçage, perçage bijou et les produits désinfectants inclus

Nombril : 70 $
Sourcil : 55 $
Nez : 45 $
Langue : 55 $

- Prix d’un tatouage de taille moyenne : environ 150 $

Mise en garde concernant les tatouages au henné :

Le henné peut être une bonne alternative pour un adolescent qui tient absolument à avoir un tatouage. Mais attention ! Ne jamais utiliser du henné noir parce qu’il peut brûler la peau et laisser des marques à vie. Il faut s’assurer que le henné est naturel, donc de couleur brune.

Pour plus détails concernant les tatouages au henné, consultez le site de Santé Canada :
http://www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/pubs/cons/black_henna-henne_noir-fra.php

Hyperliens :

Tatouage Celtic (dispose d’un guide de soins en PDF)
http://www.tatouageceltic.com

Santé Canada (section sur le tatouage et le perçage)
http://www.hc-sc.gc.ca/hl-vs/iyh-vsv/life-vie/tat-fra.php